ARTICLES DE NUTRITION
Les huiles de poisson
Beaucoup plus qu’une graisse
Par Kendall Gallagher
Qu’ont-ils en commun, quelques sardines au gril, le maquereau à la vinaigrette ou un bon saumon norvégien ? Ce sont des délices pour notre palais que la mer nous offre, mais ce sont surtout des sources exceptionnelles d’acides gras essentiels. En effet, si vous êtes un tant soit peu au courant des dernières avancées scientifiques dans le domaine de la nutrition, vous n’êtes certainement pas sans savoir qu’on obtient de certains poissons des huiles ou graisses très salutaires. C’est la raison pour laquelle on assiste actuellement à des campagnes publicitaires des gouvernements de pays divers  recommandant à leurs populations de manger des poissons gras et que l’on trouve dans des établissements spécialisés de nombreux suppléments alimentaires à base d’huiles de poisson.

Il y a plusieurs décennies, les scientifiques qui travaillaient dans l’Arctique ont observé que les Inouït (Esquimaux) qui peuplaient ces régions glacées ne connaissaient pas les maladies cardio-vasculaires, malgré le fait que leur diète était composée principalement de viande de baleine et de phoque et de poisson, et qu’elle était extrêmement haute en graisse et cholestérol.
Les études épidémiologiques réalisées parmi les habitants du Groenland et d’autres régions similaires ont démontré que la fréquence des affections cardiaques y était très inférieure à celle des autres pays occidentaux. Mais la différence n’était pas engendrée par la quantité de graisse consommée, dont les Inouït mangeaient bien davantage que les habitants de contrées plus tempérées, mais par les sources de ces graisses. Tandis que les Esquimaux les obtenaient de mamifères et poissons marins, celles consommées par les habitants des pays dits civilisés provenaient d’animaux terrestres et de végétaux.
Ces premières observations semblaient donc suggérer que les animaux marins possédaient un composé qui immunisait les Esquimaux contre les maladies citées. Selon le docteur William Harris, la plupart des recherches se sont bientôt axées sur les acides gras poly-insaturés oméga-3, un type de graisse très spécifique que l’on trouve en abondance dans les huiles de poisson.
Au contraire, l’alimentation à base de produits provenant d’animaux terrestres apporte essentiellement des graisses saturées. Celles insaturées d’origine végétale apportent surtout de l’oméga-6.
Les oméga-3 sont constitués par un ensemble de chaînes d’acides gras. Les plus longues dans les huiles de poisson sont les acides eichosa-pentaoenoïque (EPA, C20:5n-3) et dochosa-hexaoenoïque (DHA, C22:6n-3) de 20 et 22 atomes de carbone respectivement, dont les meilleures sources sont les poissons gras tels que le hareng, le maquereau et le saumon.
Les poissons maigres, comme la morue ou la plie (carrelet) ont un contenu beaucoup plus réduit d’oméga-3.

DESCRIPTION
Les huiles de poisson sont des lipides que l’on trouve principalement dans des poissons et d’autres animaux marins d’eaux froides, ainsi que dans le phytoplancton. Ce sont des sources abondantes d’acides gras poly-insaturés de longue chaîne du type oméga-3, dont l’EPA et le DHA. Le premier présente cinq doubles liaisons et le second, six. Ces doubles liaisons sont toutes configurées en cis.
On trouve dans la nature aussi bien l’EPA que le DHA sous forme de triacylglycérols. Le dochosa-hexaoenate des triacylglycérols de l’huile de poisson se trouve principalement dans la position sn-2 (le carbone central) du glycérol, tandis que la distribution de l’eichosa-pentaoenoate dépend davantage du hasard, sur les trois positions du glycérol. 

PROPRIÉTÉS
Aussi bien l’EPA que le DHA exercent diverses actions dans un grand nombre de systèmes de notre organisme. Par exemple, le DHA est un composant fondamental des phospholipides des membranes cellulaires chez les humains, notamment de ceux de la rétine et du cerveau.
Aussi bien l’EPA que le DHA abaissent les niveaux trop élevés de triglycérides et, dans le système cardio-vasculaire, tous les deux ont des propriétés anti-arrythmiques.
Diverses études révèlent également qu’ils possèdent des capacités anti-inflammatoires et immunomodulatrices, ayant donc des effets très positifs sur le système immunitaire, le muscle squelettique et l’appareil gastro-intestinal.
A noter que ces acides gras sont essentiels pour la circulation sanguine, car ils réduisent les niveaux de fibrogène et empêchent les plaquettes de s’adhérer, évitant la formation de caillots et favorisant la fluidité du sang.
Le DHA est vital pour le développement du cerveau du foetus et du bébé, ainsi que pour l’activité cérébrale de l’être humain une vie durant. Il semble que cette graisse soit un facteur déterminant pour la souplesse des membranes cellulaires du cerveau, ce qui pourrait jouer un rôle crucial dans le normal déroulement des processus d’apprentissage et de la vie affective.
L’effet réducteur des triglycérides que l’on observe en consommant de l’EPA et du DHA semble le résultat des effets combinés de l’inhibition de la lipogenèse et de la stimulation de l’oxydation des acides gras dans le foie. L’EPA et le DHA inhibent la transcription de gènes qui codifient les enzymes de la lipogénèse et favorisent celle d’autres enzymes qui régulent l’oxydation des acides gras. Cela signifie que les agents en question permettent d’éliminer les accumulations de graisse non seulement dans les artères, mais aussi dans d’autres régions, telles que l’espace sous-cutané.
Ces graisses déploient une activité anti-inflammatoire par plusieurs mécanismes. Tous deux inhibent la conversion d’acide arachidonique dans les eichosanoïdes inflammatoires PG E2 (prostaglandine) et LT B4 (leucotiène).
Ils inhibent également la synthèse d’autres substances médiatrices dans les processus inflammatoires, comme les cytokines TNF-alpha (facteur de nécrose tumorale) et IL1-bêta (interleukines), aussi bien chez les sujets en bonne santé que chez les patients atteints d’arthrite rhumatismale.
Les mécanismes par lesquels l’EPA et le DHA préviennent les arythmies cardiaques n’ont pas encore été expliqués. Ils sont probablement dus à l’incorporation des longues chaînes de ces acides gras essentiels aux membranes cellulaires du coeur.
D’autre part, on attribue aux huiles de poisson des propriétés chimiques préventives du cancer, bien qu’on aura besoin d’un certain nombre d’études scientifiques portant sur la prévention et venant confirmer cette hypothèse.
Les travaux de recherche effectués sur des animaux, ainsi que ceux réalisés in vitro révèlent que l’EPA et le DHA suppriment la transformation néoplastique, inhibent la croissance des tissus cancéreux, accélèrent la mort cellulaire programmée et montrent de l’activité anti-angiogénique.
Le mécanisme commun aux actions décrites pourrait consister en la gestion de la production et de l’activité des eichosanoïdes par les acides gras poly-insaturés de longue chaîne.
Les graisses d’autres sources se sont avérées à risque en matière d’affections cardio-vasculaires et de cancer par le biais de l’activité des eichosanoïdes, tandis que les graisses des huiles de poisson ont des effets positifs sur la santé.

DANS LA PRATIQUE
Afin de ne pas trop compliquer la description des actions positives des huiles de poisson, limitons-nous aux points les plus essentiels :

·Les huiles des poissons d’eaux froides apportent une graisse poly-insaturée présentant deux chaînes d’acides gras essentiels du type oméga-3 : l’EPA et le DHA, aux multiples propriétés positives.
·Elles sont essentielles comme partie intégrante des membranes cellulaires.
·Elles favorisent l’élimination de tissu adipeux de réserve, tout en diminuant son stockage.
·Elles réduisent les processus inflammatoires.
·Elles évitent l’épaississement du sang et la formation de caillots. Elles favorisent la décomposition de ces derniers et la fluidité du torrent circulatoire.
·Elles améliorent la vitalité et l’activité du cerveau en renforçant ses parois cellulaires, lesquelles sont composées d’acides gras.
·Des expériences aussi bien in vitro que sur des animaux suggèrent que ces acides gras sont susceptibles de prévenir, voire même d’arrêter le développement de certains cancers.

La meilleure manière d’en profiter est de manger au moins deux ou trois fois par semaine quelques-uns des nombreux poissons gras très hauts en ces graisses salutaires, comme le maquereau, la sardine ou le saumon, entre autres.
Dans le même temps, évitez ou réduisez au maximum l’ingestion de graisses saturées d’origine animale, d’autant si elles sont rancies.
Si vous n’aimez pas le poisson, procurez-vous un supplément nutritionnel des huiles décrites. Elles sont très nombreuses sur le marché de la diététique.
Souvenez-vous cependant que, bien qu’ils soient tous bons sans exception, les acides gras oméga-3 ne sont pas tous pareils : l’acide alpha-linoléique est un oméga-3 qui présente une chaîne de 18 atomes de carbone et trois doubles liaisons, tandis que l’acide stéaridonique possède une chaîne de 18 atomes et quatre doubles liaisons, l’acide eichosatétraoenoïque une chaîne de 20 atomes et quatre doubles liaisons, l’acide eichosapentaoenoïque (EPA) une chaîne de 20 atomes avec cinq doubles liaisons et le DHA, ou acide docosahexaoenoïque 22 atomes de carbone et six doubles liaisons. Si chimiquement parlant ils sont différents, leur activité dans l’organisme humain l’est aussi. Ils déploient une d’autant plus grande activité biologique que leur chaîne d’atomes de carbone est plus longue et qu’ils possèdent un plus grand nombre de doubles liaisons.
Un supplément d’oméga-3 vous aidera à conserver une condition cardio-vasculaire et un état de santé optimaux, ce qui vous permettra d’être plus performant. Mais surtout veillez à ce que ce supplément fournisse les acides gras essentiels EPA et DHA, car ce sont les oméga-3 les plus actifs.
Voilà donc une raison de plus de savourer en véritable sybarite un délicieux saumon en papillote. Bon appétit !